MACRON I

🇫🇷 Le premier quinquennat de Macron : « En marche… mais avec quelques nids-de-poule »

🇫🇷 MACRON 2017-2022 : LE QUINQUENNAT OÙ LA FRANCE A DIT « OUI… MAIS NON ! »

Mai 2017.

Emmanuel Macron arrive à l’Élysée à 39 ans.

Il promet de dépasser le vieux clivage gauche-droite, de réformer la France et de remettre le pays « En Marche ».

Sur le papier, l’idée est simple :

👉 moins de vieux réflexes politiques,
👉 plus de réformes,
👉 plus de compétitivité,
👉 et une France qui avance.

Le problème ?

Les Français avaient bien compris le concept de « En Marche ».

Mais certains avaient oublié de vérifier dans quelle direction.


🏃 2017 : MACRON ARRIVE… ET SORT LE MODE « RÉFORMES RAPIDES »

Dès le début du quinquennat, le nouveau président veut aller vite.

Réforme du Code du travail, transformation de la SNCF, réforme de l’apprentissage, fiscalité du capital, baisse de certains impôts…

Le gouvernement assume une ligne plutôt pro-entreprises et pro-compétitivité.

Le message est clair :

« Il faut libérer l’économie pour créer de l’emploi. »

Et Macron n'est pas venu pour faire du tourisme administratif.

Les ordonnances Travail arrivent rapidement.

Le gouvernement présente notamment ces réformes comme un moyen de donner davantage de souplesse aux entreprises et de favoriser l'emploi. (elysee.fr)

Mais dans le même temps, une partie des Français commence à regarder l’Élysée avec une question :

« Et moi, dans cette histoire, je gagne quoi ? »

Premier problème de communication :

Quand tu expliques la théorie économique à quelqu’un qui regarde son relevé bancaire, il risque de préférer le relevé bancaire.


💰 2018 : L’ISF, LES « RICHES » ET LE GRAND MALENTENDU

Macron transforme l’ISF en IFI, centré sur le patrimoine immobilier.

Objectif affiché : encourager l’investissement dans l’économie plutôt que taxer le patrimoine financier.

Sur le papier :

capital → investissement → entreprises → emplois.

Dans l’opinion publique :

« Macron fait un cadeau aux riches. »

Et voilà comment une réforme fiscale peut devenir un problème politique en trois étapes.

Le président reçoit rapidement une image de « président des riches ».

Et pourtant, son raisonnement économique est différent :

« Si l’argent dort dans un patrimoine, il ne produit pas grand-chose. S’il est investi dans les entreprises, il peut financer l’économie. »

Le problème n'est donc pas uniquement la réforme.

C'est aussi la perception de celui qui la porte.


⛽ 2018 : ET PUIS ARRIVE… LE GILET JAUNE

Novembre 2018.

Une hausse de la fiscalité sur les carburants devient le symbole d'un ras-le-bol beaucoup plus large.

Et là…

BOUM.

Les ronds-points deviennent les nouveaux parlements de proximité.

Le mouvement des Gilets jaunes commence autour du prix du carburant mais dépasse rapidement cette question.

Pouvoir d’achat.

Taxes.

Services publics.

Éloignement des élites.

Sentiment de déclassement.

Macron découvre alors une règle fondamentale de la politique française :

Tu peux avoir un raisonnement économique cohérent… et quand même te retrouver face à quelqu’un qui te dit : « Oui, mais mon plein coûte 80 euros. »

Le gouvernement finit par suspendre puis abandonner la hausse prévue de la taxe carbone.

Et le président lance le Grand Débat national.

En résumé :

2017 :

« Je vais transformer la France. »

2018 :

« Bon… discutons d'abord. »


🏛️ 2019 : MACRON VEUT RÉFORMER L’ÉTAT

Après la crise des Gilets jaunes, l’exécutif veut poursuivre ses transformations.

Réforme de l’administration.

Transformation du système social.

Réforme des retraites.

Assurance chômage.

Éducation.

Santé.

La philosophie reste globalement la même :

travailler davantage, produire davantage, simplifier et moderniser.

Mais une réforme peut être excellente sur un PowerPoint…

…et beaucoup moins populaire lorsqu'elle arrive dans la vraie vie.


🦠 2020 : LE QUINQUENNAT PREND UN VIRAGE À 180°

Et puis…

COVID.

Le scénario prévu par l’Élysée était :

Réformer la France.

Le scénario finalement livré par l'Histoire :

Fermer la France.

Mars 2020.

Confinement.

Restaurants fermés.

Commerces fermés.

Écoles fermées.

Avions cloués au sol.

Et soudain, le président réputé pour son discours sur la maîtrise des dépenses publiques devient le président du :

« Quoi qu’il en coûte. »

L'État débloque des sommes massives pour soutenir les entreprises, les salariés et l'économie.

Le chômage partiel devient gigantesque.

Les entreprises sont aidées.

Les prêts garantis par l'État se multiplient.

Et la priorité devient simplement :

empêcher l'économie française de tomber dans le coma.

C'est probablement le paradoxe majeur du quinquennat :

Macron arrive avec une philosophie de transformation économique…

Puis une pandémie mondiale oblige l'État à intervenir massivement.

Comme si le ministre de l'Économie avait préparé un régime alimentaire…

…et que le médecin avait répondu :

« Pour l'instant, mangez ce que vous pouvez, on verra après. »


🏥 2020-2021 : L’ÉTAT-PROVIDENCE FAIT SON GRAND RETOUR

La crise sanitaire change aussi l'image du président.

Le discours devient moins :

« Il faut transformer. »

et davantage :

« Il faut protéger. »

Le gouvernement met en place des dispositifs exceptionnels pour éviter l'effondrement économique et social.

Le plan de relance France Relance cherche ensuite à soutenir l'investissement, l'emploi, la transition écologique et la compétitivité.

Le paradoxe est savoureux :

Le président qui voulait moderniser l'État découvre que, dans une crise majeure…

tout le monde appelle l'État.


📉 LE CHÔMAGE : UN DES POINTS POSITIFS DU BILAN

Avant la pandémie, l'emploi s'était amélioré.

Macron met fortement l'accent sur la formation, l'apprentissage et la réforme du marché du travail.

Le président revendiquera ensuite le passage sous la barre des 8 % de chômage avant la crise sanitaire. (elysee.fr)

Mais attention :

Il serait trop simple de dire :

« Macron = baisse du chômage. »

L'économie dépend aussi de la conjoncture, des entreprises, des politiques précédentes et de facteurs européens et internationaux.

La politique économique, c'est rarement :

« J'ai appuyé sur le bouton → résultat immédiat. »

C'est plutôt :

« J'ai appuyé sur 17 boutons, trois ont fonctionné, deux étaient déjà allumés et personne ne sait exactement pourquoi le quatrième clignote. »


💶 LE POUVOIR D’ACHAT : LE TALON D’ACHILLE

Et voilà le sujet qui revient constamment :

le pouvoir d'achat.

Même lorsque certains indicateurs économiques s'améliorent, beaucoup de Français raisonnent avec une autre unité de mesure :

le prix du caddie.

Et le caddie, lui, ne lit pas les statistiques de croissance.

À la fin du premier quinquennat, le gouvernement multiplie les mesures :

  • indemnité inflation ;

  • chèque énergie ;

  • remise carburant ;

  • revalorisation de prestations ;

  • bouclier tarifaire ;

  • plafonnement de certaines hausses.

Le gouvernement affirme notamment que les mesures de protection ont permis de contenir l'inflation en 2022. (elysee.fr)

Traduction politique :

« On a voulu éviter que votre facture d'énergie vous regarde dans les yeux et vous dise : bon courage. »


👷 LA RÉFORME DE L’ASSURANCE CHÔMAGE

Macron défend une idée assez constante :

le travail doit davantage payer que l'inactivité.

L'objectif est notamment de renforcer l'incitation au retour à l'emploi et la formation.

Le président résume lui-même cette philosophie en 2021 en expliquant que le modèle social français repose sur le travail. (elysee.fr)

Les défenseurs de la réforme y voient une manière de favoriser le retour à l'emploi.

Ses opposants y voient une réduction des droits des demandeurs d'emploi.

Et voilà encore un grand classique :

même réforme, deux lunettes différentes.


👵 ET LA RETRAITE ?

Ah…

La retraite.

Macron voulait réformer profondément le système.

Son idée :

un système plus simple, davantage harmonisé, avec notamment la fin progressive de certains régimes spéciaux et un départ plus tardif.

En 2021, il assume explicitement l'idée qu'il faudra travailler plus longtemps compte tenu de l'allongement de l'espérance de vie. (elysee.fr)

Mais la réforme devient tellement explosive politiquement qu'elle est suspendue avec la crise sanitaire.

La retraite version Macron, premier quinquennat :

Projet : oui.

Débat : oui.

Manifestations : évidemment.

Réforme complète : rendez-vous au prochain épisode.


🌱 L'ÉCOLOGIE : PROMESSE, TRANSITION ET CONTRADICTIONS

Le quinquennat veut aussi accélérer la transition écologique.

Rénovation énergétique.

Mobilité propre.

Énergies renouvelables.

Transformation de l'industrie.

Mais là encore, le problème est classique :

tout le monde veut sauver la planète.

Mais personne ne veut forcément :

  • payer plus cher ;

  • changer ses habitudes ;

  • abandonner sa voiture ;

  • rénover son logement à ses frais ;

  • ou voir augmenter le prix de l'énergie.

La transition écologique devient donc un gigantesque exercice de :

« Oui, mais pas comme ça. »


🌍 ET À L’INTERNATIONAL ?

Macron veut également repositionner la France sur la scène européenne et internationale.

Europe.

Souveraineté.

Défense.

Relations avec les grandes puissances.

Et surtout une volonté affichée de faire de la France une puissance capable de peser dans les discussions internationales.

Mais pendant que le président discute avec Vladimir Poutine au téléphone…

le Français moyen se demande surtout :

« Est-ce que le prix de l'essence va encore augmenter demain ? »

Voilà toute la difficulté du métier de président.

Tu peux parler géopolitique pendant deux heures.

Mais si la baguette augmente de 20 centimes…

tu vas quand même devoir t'expliquer.


📊 ALORS, LE BILAN ?

Si on devait résumer le premier quinquennat Macron en une seule phrase :

Un président réformateur confronté à un pays qui voulait changer… mais pas forcément de la manière proposée.

Macron a :

✅ réformé le marché du travail ;
✅ transformé la fiscalité du patrimoine ;
✅ développé l'apprentissage ;
✅ engagé des réformes de l'État ;
✅ fortement soutenu l'économie pendant le Covid ;
✅ développé des dispositifs de soutien au pouvoir d'achat ;
✅ porté une transformation de l'assurance chômage ;
✅ tenté de réformer les retraites.

Mais il a aussi affronté :

❌ les Gilets jaunes ;
❌ une forte contestation sociale ;
❌ une réforme des retraites inaboutie durant ce premier mandat ;
❌ une crise sanitaire historique ;
❌ une forte controverse sur sa politique fiscale ;
❌ une défiance persistante d'une partie de la population.


🎬 LE FILM DU PREMIER QUINQUENNAT

2017 :
« Je vais transformer la France. »

2018 :
« Pourquoi les gens sont-ils sur les ronds-points ? »

2019 :
« Bon, on va continuer les réformes. »

2020 :
« CONFINEMENT. »

2021 :
« Il faut relancer l'économie. »

2022 :
« Il faut protéger le pouvoir d'achat. »

Et finalement :

Macron 1 : 5 ans, 1 pandémie, 1 mouvement social historique, plusieurs réformes et suffisamment de débats pour remplir une bibliothèque.

Le premier quinquennat aura surtout montré une chose :

réformer la France est une chose.

Faire accepter les réformes à la France en est une autre.

Et ça…

c'est probablement le vrai boss final de la politique française.