Heures supplémentaires et temps de travail : ce que dit la loi en 2026

Entre durée légale, contingent annuel, majorations et repos compensateur, la réglementation des heures supplémentaires reste l'une des sources de contentieux les plus fréquentes entre salariés et employeurs. Ce guide fait le point sur les règles applicables en 2026, aussi bien pour les salariés qui veulent connaître leurs droits que pour les employeurs qui doivent sécuriser leurs pratiques.

La durée légale du travail : le point de départ

La durée légale du travail effectif reste fixée à 35 heures par semaine en France depuis la loi Aubry de 1998. Toute heure accomplie au-delà de cette durée légale hebdomadaire constitue, par principe, une heure supplémentaire ouvrant droit à une majoration de salaire.

Cette définition sert de référence à la fois pour le calcul de la rémunération, celui des majorations, et l'ouverture des droits à repos compensateur. Certains aménagements du temps de travail — annualisation, modulation, cycles de travail — modifient l'appréciation de cette durée : dans ces cas, le seuil déclencheur n'est plus le dépassement strict de 35 heures sur une semaine donnée, mais le dépassement de la durée moyenne prévue sur toute la période de référence. L'obligation de majoration et d'enregistrement des heures accomplies reste toutefois intégrale dans tous les cas.

Ce régime s'applique principalement aux salariés soumis à la durée légale du travail ; il ne concerne pas les cadres dirigeants ni les salariés au forfait annuel en jours, qui relèvent de règles spécifiques.

Les taux de majoration en 2026

Les taux de majoration légaux applicables en 2026 sont les suivants :

  • 25 % pour les huit premières heures supplémentaires effectuées au-delà de 35 heures, soit de la 36ᵉ à la 43ᵉ heure incluse ;
  • 50 % pour les heures suivantes, à partir de la 44ᵉ heure.

Ces taux constituent des minima légaux. Un accord collectif d'entreprise ou, à défaut, de branche, peut prévoir des taux différents — à la hausse comme à la baisse, dans la limite d'un plancher de 10 %. Il est donc indispensable de vérifier la convention collective applicable, certains secteurs comme l'hôtellerie-restauration, le BTP ou la santé disposant de règles spécifiques.

Exemple de conversion en repos : lorsqu'un accord prévoit un repos compensateur de remplacement plutôt qu'un paiement, une heure supplémentaire majorée à 25 % donne droit à 1 heure et 15 minutes de repos, et une heure majorée à 50 % à 1 heure et 30 minutes.

Le contingent annuel d'heures supplémentaires

Le contingent annuel est le volume d'heures supplémentaires que l'employeur peut demander à un salarié sans formalité particulière ni autorisation préalable de l'inspection du travail. À défaut d'accord collectif, il est fixé par défaut à 220 heures par salarié et par an. Ce plafond s'apprécie individuellement : chaque salarié dispose de son propre compteur.

Un accord d'entreprise ou de branche peut relever ou abaisser ce seuil. Certaines conventions collectives prévoient des contingents très différents : la convention HCR (hôtels-cafés-restaurants) porte par exemple le contingent à 360 heures par an pour les établissements permanents, tandis que la métallurgie autorise un contingent complémentaire mobilisable une année sur deux, sous réserve d'une majoration renforcée.

Au-delà du contingent : la contrepartie obligatoire en repos

Les heures effectuées au-delà du contingent annuel ouvrent droit, en plus de la majoration salariale habituelle, à une contrepartie obligatoire en repos (COR) :

  • 50 % du temps travaillé en plus dans les entreprises de 20 salariés ou moins ;
  • 100 % du temps travaillé en plus dans les entreprises de plus de 20 salariés.

L'employeur qui souhaite faire effectuer des heures supplémentaires au-delà du contingent annuel doit par ailleurs consulter le Comité Social et Économique (CSE) avant leur mise en œuvre. L'absence de consultation constitue un délit d'entrave, susceptible d'être sanctionné pénalement — une obligation parfois négligée dans les petites structures, ce qui fragilise la position de l'employeur en cas de litige.

Le repos compensateur de remplacement

Un accord collectif peut prévoir que tout ou partie des heures supplémentaires et de leur majoration soit remplacé par un repos équivalent plutôt que payé. Dans ce cas, les heures ainsi compensées ne s'imputent pas sur le contingent annuel, ce qui permet à l'employeur d'aller au-delà des 220 heures sans déclencher automatiquement la contrepartie obligatoire en repos. Le calcul du repos compensateur de remplacement intègre la majoration applicable.

Le cas particulier du temps partiel : les heures complémentaires

Un salarié à temps partiel n'effectue pas d'heures supplémentaires mais des heures complémentaires, soumises à une réglementation distincte :

  • majoration de 10 % pour les heures effectuées dans la limite d'un dixième de la durée contractuelle ;
  • majoration portée à 25 % pour les heures effectuées entre un dixième et un tiers de la durée contractuelle.

Ces heures complémentaires ne bénéficient pas des exonérations fiscales et sociales associées aux heures supplémentaires classiques.

Le régime fiscal et social des heures supplémentaires

Les heures supplémentaires bénéficient en 2026 de deux avantages cumulables :

  • une exonération d'impôt sur le revenu dans la limite de 7 500 € par an ; seule la fraction dépassant ce plafond reste imposable. Les montants exonérés sont normalement pré-remplis dans la déclaration de revenus (case 1GH), qu'il convient de vérifier par rapport aux bulletins de paie ;
  • une réduction de cotisations salariales, de l'ordre de 11,31 %, applicable sur les cotisations de retraite de base et complémentaire. Les cotisations patronales restent en revanche dues normalement.

Côté employeur, la déduction forfaitaire patronale sur les heures supplémentaires a été étendue en 2026 aux entreprises de plus de 250 salariés par la loi de financement de la sécurité sociale.

Un point de jurisprudence récent

Dans un arrêt du 10 septembre 2025, la Cour de cassation, se conformant au droit de l'Union européenne, a jugé qu'un salarié soumis à un décompte hebdomadaire de la durée du travail et se trouvant partiellement en congé payé durant la semaine considérée peut prétendre au paiement des majorations pour heures supplémentaires qu'il aurait perçues s'il avait travaillé durant toute la semaine. Cette décision renforce la protection des salariés dans le calcul des heures supplémentaires sur les semaines comportant des jours de congés.

Points de vigilance

  • Vérifiez votre convention collective : les taux de majoration et le contingent annuel légaux ne sont que des références par défaut, souvent modifiées par accord de branche ou d'entreprise.
  • L'enregistrement du temps de travail reste obligatoire dans tous les cas, y compris en cas d'annualisation ou de modulation du temps de travail.
  • La consultation du CSE est une étape obligatoire avant tout recours à des heures supplémentaires au-delà du contingent annuel ; son absence expose l'employeur à un risque pénal.
  • Les cadres dirigeants et les salariés au forfait jours ne relèvent pas de ce régime et suivent des règles spécifiques, qui feront l'objet d'un article dédié.

Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Le droit du travail évolue régulièrement par la loi, la jurisprudence et les accords collectifs : pour toute situation individuelle, il est recommandé de vérifier la convention collective applicable et de solliciter, si nécessaire, l'avis d'un professionnel du droit du travail.